Wael Boubaker : résilient, il entreprend avec opportunisme et culot

Wael est un entrepreneur qui s’ignore. Bouillant d’énergie, il utilise sa détermination et son refus du conformisme pour obtenir les choses dont il rêve. Cofondateur (avec son frère) des Woraces, espace culturel alternatif lyonnais, Wael entreprend également sur un autre projet familial entre « ESS et capitalisme libéral ». Sa plus grande force est sa capacité de résilience : résilience à l’échec, résilience à la peur, résilience à l’instabilité, résilience qui lui a déjà permis d’obtenir ce qu’il voulait grâce au culot : le numéro personnel d’un ministre mais également un entretien d’embauche en se faisant passer pour Bob l’Eponge. Mais qui est donc cet énigmatique entrepreneur ?

1  – Qui est Wael Boubaker ?

Fils d’Ali et Najah Boubaker. Naquit en l’an 1988 à Le Pont de Beauvoisin (isère) durant l’âge des machines électroniques et digitales. Intéressé par les sports, l’exploration humaine (notamment sciences spatiales ces derniers temps) et tout ce qui ne rentre pas bien dans un cadre trop défini…

En sortant de mes études d’urbanisme, je décide de travailler 6 mois dans des jobs alimentaires pour briser le rythme que j’avais toujours connu jusqu’ici (année scolaire/vacances/rentrée). Mon deuxième objectif était d’économiser pour préparer un tour du monde. Je deviens donc :

  • Ouvrier dans l’automobile (les 3/8, l’abrutissement et un renvoi pour lecture d’un roman d’un certain Azouz Begag pendant mes heures de travail) /
  • Prof de math STMG à la frontière suisse pour un élève hors système qui obtiendra son bac avec un 11/12 en Maths /
  • Vendeur de produits sportifs à Genève (renvoyé la semaine dernière en raison de l’absence d’activités pour m' »occuper ») /
  • Pion en collège à Corbas /
  • Distributeur de flyers pour Paper Boys Lyon /

Un slasheur sans le savoir !

Après cette période de petits boulots, je m’offre un an de tour du monde où j’ai risqué ma vie plusieurs fois : dans le cadre de séances de plongée en apnée en Colombie et aux Philippines  (une bonne façon de me sentir vivant..défier ma propre existence en recherchant la sécrétion d’adrénaline). J’ai participé (et gagné) un pari de combats de coq en Indonésie, mais aussi assisté au Carnaval de Salvador de Bahia (Brésil), réputé pour la dangerosité de ses rues.

De retour en France, je deviens Chef de secteur (ou plutôt justicier commercial) pour Reebok / Techsell) en Bourgogne de juin à octobre 2015.

La plongée, pratique au coeur du tour du monde de Wael

 

Rentrée 2016, je me retrouve au RSA avec 50€ de budget par semaine à Lyon. C’était compliqué. Je n’ai jamais été aussi “pauvre” mais c’est à ce moment que j’ai fait les meilleures rencontres (notamment de mes amis chômeurs débordants d’idées et de bons gâteaux à partager).

« Je n’ai jamais été aussi “pauvre” »

 

2016-2017 : Je me reprends et décide de débuter mon insertion professionnelle dans le secteur de l’urbanisme. Sans être passionné par le sujet, j’abandonne rapidement l’idée.

Je me relance donc dans une nouvelle période de petits boulots :

  • Manutention en intérim /
  • Accueil commercial en salle de fitness/
  • Sauveteur aquatique de nouveau/
  • Gestionnaire Airbnb /

OPE : objectif pour l’emploi – association ou j’ai rencontré Wael en janvier 2016

« Et noooon, je ne pouvais me contenter d’une seule activité, évidemment. »

 

Nous fondons la PAC (Politique Airbnb Commune) avec mon frère et un ami, je ne paye pas de loyer pendant un an. Je bosse également les samedis à Genève (en prenant le train de 6h36 et revenant avec le train de 20h30 à Lyon). Je me mets à gagner des sommes considérables (entre 2 et 3k €/mois) au prix d’une hyper activité professionnelle peu réjouissante combinant petits boulots et incertitude de rentrer chez moi chaque soir (précarité liée à la location Airbnb de mon appartement).

Je me fais recruter en CDI en gestionnaire d’agence intérim (là où j’étais Manut’) → je rétrogade à niveau BAC +2. J’essaie de bien me comporter en me disant que c’est une bonne situation, que la boite est bien, horizontale, qu’elle a des valeurs, qu’une évolution est possible, que j’ai des primes stimulantes, et que je dispose d’autres avantages matériels comme la proximité géographique (à 3 min en scooter de chez moi) ainsi que les fameux tickets restau…

…mais je me fais virer au bout de 3 semaines pour de bonnes et mauvaises raisons. Mon patron me dira quand même : “je pense te rendre service en te licenciant, t’aurais fini par te faire chier chez nous…”. Hypocrisie professionnelle pour atténuer le sale boulot ou sincérité humaine ? A vous de juger. Moi je me suis fait mon idée.

Mon patron me dira quand même : “je pense te rendre service en te licenciant » 

 

Je retombe sur mes pattes en devenant coach fitness aquatique . Grosse demande, patron sérieux, compréhensif, bon gars. Il m‘arrive encore aujourd’hui de bosser pour lui le dimanche. Paradoxalement c’est une des choses que je déteste le plus faire, et pourtant ça fait un an et demi que je tiens…et plus je lui refuse de travailler, plus il m’augmente ! Allez comprendre…

Fin 2017 : je me vois offrir une nouvelle opportunité de CDI, commercial et consultant pour les Comités d’Entreprise, super milieu, intéressant, qui touche au monde du travail, droit, politique, bien être et loisirs des salariés. Boite de type startup, fun, composée de personnalités intéressantes. Une possibilité pour moi de devenir chef d’agence se dessine. Au bout du compte, je tiens 8 mois.

Me voilà donc aujourd’hui, mardi 4 septembre 2018 dans la situation suivante :

Le lundi et mardi, je travaille à l’extérieur : déménagement, intérim et coaching fitness-aquagym. Du mercredi au dimanche, je fais partie de l’équipe des Woraces, où je deviens bricoleur, barmaid, livreur, commercial, encadrant de stagiaire, et propriétaire (je détiens une partie du lieu). Je cumule l’exploitation et la propriété. Et la saison promet, la motivation est bien là. L’agenda est déjà prometteur.

2 – Tu es le cofondateur des Woraces, un projet culturel lyonnais que tu montes avec ton frère. Pourquoi avoir monté ce projet ?

Les Woraces, lieu culturel lyonnais, s’agrandit !

Tout d’abord parce que c’est une vraie opportunité foncière et familiale qui repose sur de la chance, beaucoup de chance (localisation, superficie, qualité de base des espaces, marché de l’immobilier, moyens de départ, etc).

Mais surtout, Walid, mon frère architecte investisseur, a misé sur une collaboration avec les bons partenaires de départ car solvables.Les Woraces n’existeraient pas sans eux. J’en profite d’ailleurs pour les remercier : Marlon, Sophie et Arnaud.Ce sont ces conditions de départ qui ont été le terreau favorable à mon arrivée dans le projet. Il faut aussi en profiter pour souligner l’implication de Judith, la responsable événementiel des Woraces. Judith, sans qui ce lieu, n’aurait pas toute cette âme et ces idées originales

Je dirais donc que nous pratiquons une sorte d’ « EFF » (Economie Familiale Fraternelle) qui n’a rien de récent (et qui est même une pratique bourgeoise (cf les travaux des sociologues Pinçon -Charlot)) et qui est souvent critiquée dans nos réseaux « oui mais tu sais mélanger business et famille…, t’as pas peur ? bla-bla et blablabla ».

On pourrait ainsi nous situer quelque part entre entre l’ESS et le Capitalisme Libéral. Je dis souvent que les Woraces est une « MJC privée », mais en fait c’est un mutant et c’est plutôt chouette de diriger un mutant.

Enfin, à titre personnel, les Woraces réalise une forme de synthèse, voire miroir de mon parcours et aspirations. Beaucoup de métiers s’y retrouvent, des nouvelles compétences peuvent s’y développer, des idées insoupçonnées y prennent vie. C’est un outil fabuleux à la fois au service de la débrouillardise mais aussi servi par la débrouillardise. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’y investir mon temps et mon argent.

 

3 – Autodidacte, slasheur, tu as développé une expertise en gestion de projet événementiel en apprenant « sur le tas » : quels sont les éléments clefs à connaitre pour assurer la bonne organisation d’un événement ?

Evénement organisé aux Woraces

Je ne suis pas un vrai slasheur (au sens volontaire du terme). Je slash malgré moi. Je ne me dirais pas totalement autodidacte…simplement quelqu’un qui n’aime pas prendre une seule direction et qui a eu du mal avec le conformisme. Tous les maîtres que j’ai pu croiser sur mon chemin ont eu un impact sur mon parcours…peu importe la qualité et l’intensité de leur influence, elle existe réellement, et elle a beaucoup d’importance.

Je suis devenu pluriactif par effet de situation, et même par survie. M’étant souvent endormi, fait virer, avoir démissionné, être passé à autre chose…je réduisais ainsi mes choix vers des montages/bricolages plus personnels, inéluctablement.

 

Mais pour revenir à ta question, je dirais qu’organiser un bon événement, c’est :

1 – L’Avant : le Pré-brief.

Le pré-brief consiste à Anticiper, Communiquer, Outiller, Ressourcer

  • Anticiper : Le prévoir suffisamment à l’avance (idéalement 3 mois chez nous)
  • Communiquer : Bien communiquer dessus avec différentes relances
  • Outiller : Être équipé (outils de maintenance, d’urgence, mobilier)
  • Ressourcer : Être en forme et en équipe le jour J pour le staff des Woraces / Avoir un minimum d’interlocuteurs en face.

2.Le pendant : le Brief

Chacun(e) son poste, faire preuve de flexibilité, d’écoute et de générosité, réussir à créer l’atmosphère et l’expérience singulière.

3- L’après : le Débrief

Pour progresser et reprogrammer éventuellement.

4 – Entrepreneur, le salariat ne t’a jamais correspondu. Aujourd’hui, tu trouves des opportunités grâce à ton sens de la débrouille, une qualité peu mise en avant dans le monde du salariat. Comment l’as tu développé et que t’a t-elle permis d’obtenir ?

Liberté et Curiosité sont mes deux valeurs motrices. Et l’inconscience n’est jamais très loin. Je ne parle pas de folie meurtrière mais juste du retrait du filtre de la peur.

Grâce à cette inconscience, j’ai pu connaître quelques réussites personnelles :

 

 

  • J’ai réalisé une profondeur précoce en apnée


Je n’ai pas entendu l’ordinateur de plongée (car ma préparation était tellement bonne que j’ai réussi à faire abstraction de tout, y compris le VITAL !!!) donc mon profondimètre sonne à -38m (j’étais pas loin de ma profondeur max de 40 mètres que je n’avais toujours pas validé d’ailleurs …j’avais plutôt fait 3 syncopes et 1 accident rattrapé avant…). Je remonte, réussi le protocole de sortie et valide une profondeur surprenante de -49,80m. S’en suivra une mini narcose (le “shoot de profondeurs”) d’une dizaine de minutes environ.

 

  • J’ai obtenu un entretien d’embauche en me faisant passer pour …Bob l’Éponge.

 

 

5 – Où peut-on te trouver ?


Tout dépend du jour 🙂

Lundi, mardi sur des chantiers de déménagement ou bien au bord d’une piscine à jouer le coach fitness aquatique. Le reste de la semaine, et souvent jusqu’au dimanche, à la cave des Woraces à bricoler, fabriquer. Au bar des Woraces à servir, recevoir ou dans le staff/public pour accompagner un événement. En somme toujours dans un rayon de 20-30 min de Lyon 1er.

 

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