Yassine Sipkin : à 30 ans, il trouve le déclic et réveille l’humoriste qui est en lui

Yassine est un jeune humoriste franco-belge. Jeune car il a 31 ans. Mais jeune humoriste car il vient de se lancer dans cette nouvelle carrière artistique. Après des études en école de commerce et une carrière de commercial, Yassine se réveille en panique le jour de son trentième anniversaire. Il réalise qu’il ne s’est jamais autorisé à se poser la question de ce qu’il voulait vraiment faire de sa vie. Alors, frappé d’un éclair de lucidité, il ose renouer avec ses rêves d’enfance inavoués. Et c’est le début d’une carrière artistique qui s’offre à lui.

C’est lors d’un premier passage sur scène en mai 2018, qu’il réalise qu’il a passé quinze ans de sa vie à se voiler la face. Il s’était toujours dit qu’il n’avait pas envie de cette vie là. Cette vie qui lui correspond tant aujourd’hui. Dans cette interview, Yassine revient sur son parcours et les barrières mentales qu’il a réussi à surmonter pour s’épanouir dans sa carrière d’artiste. Il évoque ses sources d’inspiration, mais revient également sur ses objectifs ambitieux qui l’ont porté sur scène. 

1 – Qui est Yassine Sipkin ?

Jeune débutant sur la scène humoristique Franco-Belge, mon identité est en plein chantier. Je suis un jeune père de famille, français à Bruxelles, expatrié par amour, je suis tombé raide dingue de cette ville. La bas j’ai trouvé ma place, à tous les niveaux.

Au niveau de mes études,  j’ai passé une scolarité à faire le minimum syndical. J’ai vite compris que je ne ferai pas de grand parcours universitaire : je n’aimais que l’Histoire Géo, l’Anglais et les sujets de dissertation imaginative en Français. Et sachant que je n’avais pas prévu de devenir historien, guide touristique ou Marc Levy, j’ai tenté une année d’école de commerce pour voir si l’amour des études viendrait avec l’âge.

Grosse erreur stratégique, j’ai fait exactement tout le contraire de ce que l’on attendait de moi. J’étais en burnout total de la scolarité. J’ai commencé la vie active malgré moi par la débrouille en habitant à Londres ou j’y ai essentiellement appris la grosse précarité bien avant l’anglais. Ensuite, sans compétence mais avec beaucoup d’envie, j’ai un peu touché à tout, et je me suis doucement spécialisé dans les métiers commerciaux avec une grosse tendance pour les télécoms puis l’informatique ou j’ai passé mes 8 dernières années.

 

2 – De commercial, tu deviens comédien : pourquoi un changement si radical ?

Prem!ère émission radio à Bruxelles pour Yassine

J’ai passé ma vie à écrire, c’est une passion qui ne m’a jamais quitté. Seulement je n’ai jamais considéré que cela pouvait avoir une utilité en dehors de mes cahiers. Je ne viens pas d’un monde ou les métiers artistiques font partie des choses que tu puisses envisager dans ta vie d’adulte.

Je n’ai jamais cherché à prendre au sérieux mes textes. C’était au delà de mon entendement. Je m’étais mis des barrières mentales qui m’empêchaient de m’ouvrir à une carrière d’artiste.

Je n’ai jamais pensé à l’humour. Mon truc, c’était plutôt la rime, la chanson, la poésie…des métiers encore bien loin du stand-up que je fais aujourd’hui !

Je ne me suis pas vraiment intéressé à l’humour avant Jamel Debbouze et je pense qu’il a marqué toute ma génération. Il nous a montré que des opportunités pouvaient s’offrir à tous. Quand il a créé le Comedy Club, on savait que rien ne serait plus jamais pareil dans le paysage de l’humour français. C’était simple, criant de vérité, drôle, c’était comme voir nos grands frères à la télé…au fond de moi, des idées ont germé…

3 – Qu’est-ce qui t’a poussé à sauter le pas ?

Yassine sur la scène de Sazz N Jazz. octobre 2018

Mes 30 ans !! 31 Juillet 2017. Ca peut paraître idiot mais quelques semaines avant mon anniversaire, je me suis demandé pour la premiere fois de ma vie, ce que je comptais faire de mes 30 prochaines années. 

Je me suis rendu compte que j’étais incapable de répondre. Incapable de savoir ce que je voulais, par extension incapable de savoir qui j’étais réellement. J’ai toujours fais les choix les plus confortables ou les moins risqués, parce qu’il était nécessaire à mes yeux que mon parcours soit validé par mon entourage. Le jour de mes 30 ans, j’étais en vacances dans le sud de la France et tous les éléments étaient réunis pour que ce soit une merveilleuse journée, à l’exception que j’étais malade.

Avec le recul, je me suis dit que j’ai sûrement trop philosophé sur mon état de santé :  je m’étais dit que si Dieu existait, il venait de m’envoyer le message suivant : « Yassine, réveille-toi , t’as 30 ans, ta vie c’est une turista…! » Et après cette réflexion divine, je me suis senti mieux au fur et à mesure de la journée (un miracle ?). Une fois mieux, je suis parti seul en mer, loin de  tout, à bord d’un canoë.

A ce moment précis, j’ai de nouveau été frappé d’un éclair de lucidité : il était temps que j’assume mon écriture, que je l’accueille dans sur tous les plans de ma vie . Et le chemin le plus court était l’humour. Je savais que je pourrais rapidement faire vivre mes textes et que si ça fonctionnait, je pourrai mettre un pied dans le microcosme des auteurs des compositeurs de chansons.

« je me suis autorisé à me planter »

 

Je me suis juré d’essayer de faire de la scène, de ne pas avoir peur, d’affronter le regard et les avis du public, et par dessus tout, je me suis autorisé à me planter, » tomber en avant  » comme dirait Denzel Washington. J’étais tétanisé des réactions que j’allais déclencher autour de moi.

Le plus drôle dans tout ça ? Personne n’en a rien à foutre de tes sauts dans le vide ! Tu es seul à mener ta barque, personne ne le fera à ta place. Mais une fois que tu as compris ça, tu touches de près la liberté, la vraie. Celle qui va de paire avec la responsabilité. Cette liberté m’a permis de renaître.

A l’époque, je me suis donné comme objectif de monter sur ma première scène avant juillet 2018. J’avais alors un an devant moi. Je suis monté pour la première fois de ma vie au Paname Art Café , en mai 2018 (pari réussi ! ).

Et cette nuit là, j’ai réalisé que j’avais perdu 15 ans de ma vie à me voiler la face en me disant que je n’avais pas envie de faire ça. Moi qui avait toujours cherché un sens au travail, au monde de l’entreprise, au monde des adultes…j’ai eu toutes les réponses ce soir là.

4 – Qu’est ce qui t’inspire pour tes chroniques ?

Yassine sur la scène de Sazz N Jazz. octobre 2018

L’actualité ! Ma maman m’a transmis ce besoin et cette envie constante de comprendre le monde dans lequel on vit et de ne jamais être celui qui ne sait pas. Elle m’a également appris à savoir lire entre les lignes. Elle nous a toujours dit à mes frères et à moi que la culture c’est la liberté.

Mais en grandissant, on sort du cocon familiale et la dure réalité nous rattrape : on analyse l’actualité, on commence à avoir un avis et là c’est le drame…tu comprends que le monde marche sur la tête, que le système financier, la politique et ton mode de vie dans son ensemble est une aberration. Quand tu arrives à cette prise de conscience, deux solutions s’offrent à toi : soit tu te mets au Lexomil en regardant les Anges de la téléréalité massacrer le peu de dignité qui reste à l’homme moderne.  Soit tu te marre. J’ai pris le parti de ceux qui ont décidé d’en rire. Coup de chance, la source est intarissable.

En dehors de la sphère familiale, ce sont des humoristes comme Guillermo Guiz, Blanche Gardin , Pierre-Emmanuel Barré, Guillaume Meurice et Marina Rollman qui me donnent le plus d’inspiration – sans oublier l’immense Louis C.K . Quand tu penses que tout a été dit sur l’actualité, tu écoutes ces humoristes ne serait-ce que cinq minutes et tu te dis que les sujets à traiter sont infinis à condition d’avoir une approche différente et singulière. Et c’est cette approche singulière que j’essaie de m’approprier pour mes spectacles.

5- Où peut-on te trouver ?

 

Yassine à l’affiche – communication à Bruxelles

Dans les Comedy Clubs parisiens et bruxellois. J’ai décidé après avoir fait pas mal d’aller-retour a Paris de me concentrer sur la Belgique car ici l’humour n’est pas encore devenue une industrie. Ici à Bruxelles, on est dans de l’artisanat de grande qualité qui tourne avec gens bienveillant et merveilleux. Pour les lecteurs Bruxellois, je fais partie du Collectif YouRire qui se produit quasiment tous les soirs dans des clubs de la capitale. Je participe au Next Prince of Comedy dans quelques semaines, prochainement de la radio et pleins d’autres belle choses à venir .

Je suis comme notre époque l’impose sur les réseaux sociaux, Instagram et Facebook uniquement car je ne tiens pas à savoir me servir du reste. Je suis encore très old school dans ma communication : j’imprime des flyers et j’essaie de parler aux gens quand ils sont devant moi. La communication digitale c’est encore loin d’être mon truc.


Si vous êtes en Belgique, vous pouvez retrouver Yassine pendant le mois de novembre : 

Yassine participe au Next Prince of Comedy à partir du 6 Novembre, il fait la première partie de Youri Garfinkiel le 2 novembre, et joue le 15 novembre pour le collectif What the Fun au Floréo à Bruxelles.

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